La galerie et la librairie Michel Descours vous invitent à participer à un grand entretien avec Christian Bernard, fondateur et directeur du MAMCO de Genève (Musée d'art moderne et contemporain). A l'occasion du 20ème anniversaire du musée, Gwilherm Perthuis s'entretiendra avec Christian Bernard pour interroger l'histoire, les spécificités et les principaux enjeux de cette institution unique en Europe. Nous aborderons à la fois les choix esthétiques, la réflexion sur la notion même de musée, l'interpénétration entre collections et expositions, le statut juridique d'un musée du XXIe siècle, la politique éditoriale, le travail pédagogique et hors les murs...


Dans un second temps, Christian Bernard présentera le travail de l'artiste française Anita Molinero et s'entretiendra avec elle en prenant appui sur les expositions que le MAMCO de Genève lui a consacré en 2006 et 2012. Retrouvez des informations sur le travail d'Anita Molinero.


Tous les titres encore disponibles du catalogue des éditions MAMCO seront présentés à l'occasion de cette soirée et seront vendus par l'équipe de la librairie Michel Descours.


Entrée libre dans la limite des places disponibles
Réservations indispensables : gwilherm.perthuis@galerie-descours.com


Ci-dessus : Cripta de Claudio Parmiggiani, œuvre fondatrice du MAMCO de Genève, présentée depuis 1994.


 

 

 

 

Article sur le MAMCO de Genève paru en novembre 2012 dans le journal critique Hippocampe :


Claudio Parmiggiani / Cripta / 1994 / 1er et dernier état. Telles sont les indications sommaires que le visiteur du Musée d’art moderne et contemporain de Genève (Mamco) peut lire sur un cartel avant de découvrir l’œuvre fondatrice de cette institution : un environnement pris dans l’architecture du musée, depuis sa création en 1994, une des rares œuvres qui participe à l’histoire du lieu sans être directement lisible dans le parcours. Il s’agit d’une salle totalement fermée à laquelle on accède par une petite porte très basse située au bout d’un couloir, qui nécessite de s’agenouiller, de se plier en deux, comme pour pénétrer dans une grotte ou un lieu inaccessible. Une fois entré dans le volume on ne perçoit rien, ou simplement que la salle est haute du fait de l’écho qui y résonne. Aucune source lumineuse directe n’éclaire cette crypte contemporaine et seul un mince filet de lumière provenant des autres salles d’exposition permet encore de distinguer depuis l’intérieur de la grotte, la bouche qui nous a permis d’y entrer. Après avoir expérimenté la salle pendant une dizaine de secondes, les yeux grands ouverts pour essayer de voir, le regard s’acclimate à l’obscurité et révèle des images peintes sur les murs. Des motifs pariétaux surgissent des parois : des empreintes de mains déposées à la peinture acrylique rouge. L’expérience sensorielle condensée dans cette pièce de Claudio Parmiggiani (né en 1943) a une dimension exemplaire ou allégorique pour éclairer notre rapport à l’image dans un cadre muséal. La durée du regard est l’un des principaux paramètres de la lecture et de l’accès à l’œuvre d’art, qui ne peut pas venir à nous en un clin d’œil.


Christian Bernard, le directeur du Mamco, imagine le musée comme un ensemble de chambres ou de salles toutes indépendantes et modulables pouvant s’imbriquer de différentes manières les unes avec les autres. Avec ces 62 lieux aux formes multiples (déployés sur 4000 m2), qui font passer le visiteur de l’entrepôt à l’intérieur de collectionneur (Ghislain Mollet-Vieville), du white cube à l’atelier d’artiste (Sarkis), ce musée est le plus important de suisse dans le domaine de la création contemporaine (des années 1970 à nos jours). Il travaille particulièrement sur les relations entre expositions temporaires et accrochages de la collection en entremêlant les deux objets inscrits dans des séquences temporelles différentes. Articulées en cycles déclinés en plusieurs volets, le plus souvent monographiques, les expositions s’étendent chacune sur plusieurs salles disséminées sur les quatre niveaux. D’une chambre à l’autre, il n’y a pas vraiment de sens de circulation, la libre déambulation permet de revenir sur ses pas, de traverser rapidement une enfilade, ou de passer instantanément de l’exposition à la collection. Le musée est pensé comme une exposition globale. Des fragments d’expositions terminées peuvent être conservés et deviennent des sections semi-permanentes. Des œuvres anciennes de la collection, attachées à des espaces précis, rencontrent périodiquement de nouveaux groupes, permettant ainsi d’instaurer d’autres dialogues et de multiplier les lectures sur les mêmes propositions artistiques. Refusant tout cloisonnement, cette conception du musée d’art contemporain offre la possibilité de travailler la question de la mémoire et du dépôt progressif de traces/strates d’expositions. Un nom et surtout un « numéro d’état » sont attribués à chaque salle. Ce terme d’« état », attaché au domaine de l’estampe (épreuve imprimée au cours du travail de gravure), est appliqué dans le musée genevois au mouvement et à la cohabitation inédite des œuvres : chaque nouvelle configuration est enregistrée dans l’histoire in progress du bâtiment comme le relevé d’une couche sur une fouille archéologique. Les regroupements traditionnels sont remplacés par des montages thématiques ou monographiques confrontant des artistes de générations, de cultures, ou de problématiques opposées ou divergentes. La programmation néglige les événements très médiatiques et privilégie des propositions situées à l’écart du marché et des courants dominants. Particulièrement attentive aux scènes genevoises et suisses (Armleder, Mosset, Verna, Robert-Tissot, Vadi…), connectée à un grand nombre d’artistes reconnus ou émergents qui travaillent en Europe, l’équipe curatoriale du MAMCO découvre également des artistes peu visibles en France, mais évoluant sur la scène internationale dans des univers artistiques originaux ou singuliers.


Le Musée d’art contemporain de Genève associe initiative privée et engagement public dans une forme juridique intéressante. Depuis janvier 2005, il est géré par une fondation de droit public (la Fondamco) qui réunit la Fondation Mamco, le canton et la ville de Genève. Son financement est assuré conjointement par les contributions des fondateurs, des mécènes, des donateurs et des deux collectivités publiques. Installée dans un ancien immeuble industriel, cette institution développe une surprenante stratégie de constitution de collection reposant simultanément sur d’importants dépôts privés (collectionneurs et artistes) qui représentent la moitié des 3000 œuvres gérées, des acquisitions partiellement financées par l’association des amis, des commandes, des dons, ou des productions liées à la programmation.


L’art s’immisce dans chaque recoin de l’usine. Les horloges, les miroirs des toilettes ou l’escalier principal sont les supports d’interventions artistiques pérennes. Rarement exploité, l’escalier est ici une véritable salle d’exposition : il rassemble de haut en bas une anamorphose de Felice Varini (des disques concentriques), des palindromes de Patrick Hospital, Gérald Minkoff et André Thomkins, les matelas de protection oranges de Fabrice Gygi, ou encore les néons tautologiques de Maurizio Nannucci « Art, Text, Light, Sign », qui déterminent son protocole de travail et éclairent la cage remplie de jeux de mots. Une visite au Mamco est stimulante et enrichissante. Souvent ponctuée de découvertes et de rapprochements inattendus. La politique éditoriale ne consiste pas en la production de catalogue d’expositions (devenue la norme aberrante aujourd’hui), mais en la publication de livres conservant une actualité après l’événement. Écrits d’artistes, monographies, essais historiques ou théoriques, la liste des ouvrages édités par le musée est un chemin de traverse possible pour explorer une vingtaine d’années de travail et de réflexion. (G. P.)

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