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Le 25 novembre 2015, 18 h signature / 19 h présentation

"C’est ce qu’on appelle le patrimoine : ce qui, malgré la perte, demeure dans la mémoire, grâce aux multiples entrelacs que tissent notre sensibilité, notre intelligence, le savoir transmis et partagé, et qui reste visible, dès lors qu’on sait – et qu’on veut bien – regarder.
Pourquoi, alors que Lyon, comme d’autres grandes cités, est tout entier tourné aujourd’hui vers l’avenir, prendre encore le temps d’un regard sur hier ? Au-delà des propos légitimes, mais convenus, sur le « long et riche passé » d’une métropole bimillénaire et du rappel obligé que, pas plus qu’un individu, une cité ou un pays ne se comprennent ni ne se vivent sans assumer leur histoire, nous y voyons au moins trois autres raisons. Le bon usage de la ville actuelle requiert la conscience de la ville ancienne, sauf à y vivre comme si c’était nulle part, et au demeurant la connaissance accroît la jouissance. Ensuite, l’évidence des erreurs commises peut servir de leçon pour la gouvernance présente. Enfin, il est salutaire de ne pas borner son regard, de savoir le porter ailleurs, de considérer ce qui a été et qui n’est plus, d’apprécier la différence. La ville était autre, les hommes et les femmes qui l’ont faite, au cours de ses plus de vingt siècles d’histoire, nous sont lointains. Le sens du patrimoine tient aussi à cette distance et au respect qu’il convient de témoigner à cette étrangeté. Les fanatiques, qui détruisent aujourd’hui les vestiges de civilisations disparues, ne le font pas tant pour les raisons religieuses qu’ils allèguent que parce qu’il refusent l’altérité, le fait que d’autres, avant eux, aient vécu, pensé, agi autrement. Loin d’être un vecteur réducteur d’identité, le patrimoine est un instrument d’échange et de partage, y compris sur le territoire où nous vivons."
Extrait de l'introduction du livre par Patrice Béghain
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