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« Je suis dans un état d’insatisfaction fondamentale, quand j’écris des poèmes, l’image me manque. Quand je peins, c’est le mot qui me manque. Créer n’est pas un plaisir mais une nécessité profonde » Jean Raine, Scalpel de l’indécence
À plusieurs reprises dans ses écrits, Jean Raine soulève la question des liens et des échos entre sa pratique picturale et son travail d’écriture. Pour lui, les deux activités sont inséparables et ne cessent de s’enrichir mutuellement : elles sont les deux faces d’une même pièce que l’artiste lance quotidiennement pour créer. La part laissée au hasard, à l’aléatoire et aux « rencontres fortuites » n’est sans rapport avec son attachement au surréalisme et à des figures marquantes comme René Magritte, pour qui la confrontation de l’image et du mot tenait une importance capitale.
Né dans la banlieue de Bruxelles, Jean Raine a très tôt été en rapport avec les surréalistes belges, puis parisiens, des artistes ou des poètes dont l’une des principales qualités était de pouvoir passer facilement d’un médium à l’autre. Il reconnaîtra la référence au surréalisme comme une source intarissable pour nourrir sa démarche personnelle, tout en refusant que son œuvre soit enfermé dans un cadre rigide et stéréotypé. C’est d’ailleurs pour cette raison, que le mouvement CoBrA, très imprégné de surréalisme, auquel Jean Raine contribue par l’intermédiaire des expositions et de la revue éponyme, a décidé sa propre mort en 1951 après seulement trois ans d’existence : « nous n’avons pas voulu qu’il dure. Nous avons mis une fin brutale à ce mouvement pour qu’il ne dégénère pas en académisme. Mais nous savions très bien qu’il allait travailler en profondeur et continuer à inspirer, après sa fin officielle, de plus en plus d’artistes ».
Durant les années 1950, Jean Raine est avant tout impliqué dans des projets cinématographiques. Tout jeune, il travaille avec Henri Langlois à la Cinémathèque française et donne des conférences sur le pré-cinéma et sur le dessin animé. Ses collaborations sont multiples, de l’écriture de commentaires à la réalisation, en passant par le découpage ou l’organisation d’événements. La réalisation du documentaire sur le « Test du village » du docteur Pierre Mabille et la collaboration artistique pour le film de Lucas de Heusch sur René Magritte figurent certainement parmi ses plus importantes contributions dans ce domaine. En 1951, il est engagé dans l’organisation de l’exposition internationale CoBrA de Liège et dirige en parallèle le second Festival du film expérimental et abstrait qui présente pour la première fois en Europe Dreams that money can buy de Hans Richter ainsi que l’œuvre de Norman Mc Laren. Jean Raine a d’ailleurs laissé une thèse inachevée sur le cinéma expérimental et abstrait, sujet inédit au milieu du XXe siècle. (G.P.)
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