BORDS DE SAÔNE

Des arbres entendus tombent les feuilles mortes
mourir pour écouter
le chant de ma bouilloire
ses vapeurs de ciel gris encrassé de calcaire
dont aucune spirale n’arrive à t’enlacer
il faut lorsque je broute
l’ombre d’un corps perdu au hasard de tes pas
éperdument tranquilles
tranquilles et suspendus à des fumées lointaines
une usine approche de la rivières en crue
l’amour perd de son prix dans l’herbe qui se noie
la paroisse perd sa berge elle aussi désolée
corbeau désoutanné
le curé s’interroge au seuil de son église
sans ombre de fidèles
mais le missel soudé à jamais sous son bras

Jean Raine, 1979


 

1- TEXTE INTRODUCTIF
2- ELEMENTS BIOGRAPHIQUES
3- EXPOSITIONS PERSONNELLES
4- COLLECTIONS

 

 

JEAN RAINE. REVOIR LA QUESTION

Par Gwilherm Perthuis

 

Au début des années 1990, l’exposition Poésure et peintrie (Vieille Charité, Marseille, 1993) opérait une relecture des mouvements d’avant-garde par le prisme des imbrications et contaminations entre poésie et arts visuels. Le groupe CoBrA, Christian Dotremont tout particulièrement, tenait une place non négligeable dans le parcours focalisé sur les liens entre la lettre et la forme, entre le mot et la matière. L’oeuvre de Jean Raine est à considérer à l’aune de cet enjeu crucial.

Poète, peintre, cinéaste… ses diverses activités ne peuvent être isolées ou autonomisées, mais, au contraire, elles doivent être embrassées simultanément dans une unique perspective caractérisée par une philosophie de la vie et une perception de l’existence personnelles. Souvent ironiques et drôles, les titres de ses dessins et peintures imposent cette tension entre le visible et le verbal, entre ce qui relève de l’image ou de l’idée. L’alphabet zoomorphe de Jean Raine synthétise cette intrication. Des figures curieuses ou fantastiques sont nichées dans la graphie des lettres, à la manière des pages de titre de la revue Cobra où les caractères prennent la forme de serpents ou d’animaux (Jean Raine publie plusieurs articles dans ce périodique). Le bestiaire tient une place prépondérante dans l’esthétique du groupe d’avant-garde actif entre 1948 et 1951 et demeura, après sa dissolution, un des thèmes distinctifs des artistes qui le composèrent. La spontanéité et la liberté du geste ainsi que l’imaginaire peuplé de figures hybrides mi humaines/mi animales qui caractérisaient les premiers travaux de Jean Raine sont à mettre en relation avec les productions de Pierre Alechinsky des années 1950. Toutefois, il parvînt à ne pas tomber dans le piège de l’académisme et il poursuivit un parcours spiralé singulier en ne privilégiant jamais un mode d’expression sur un autre : « Je suis dans un état d’insatisfaction fondamentale, quand j’écris des poèmes, l’image me manque. Quand je peins, c’est le mot qui me manque. Créer n’est pas un plaisir mais une nécessité profonde1 »

Plutôt que d’essayer de dresser un portrait linéaire, forcément lacunaire, nous articulons notre introduction à l’oeuvre de Jean Raine autour de quelques balises essentielles qui cristallisent des questionnements déterminants. Des phares permettant d’éclairer son univers littéraire, intellectuel, artistique et qui doivent faciliter la compréhension de ce territoire escarpé et mouvant.


SURRÉALISME BELGE

Dès 1943, Jean Raine participe aux discussions du groupe surréaliste belge et rencontre le poète et écrivain Louis Scutenaire (1905-1987) ainsi que le peintre René Magritte (1898-1967) avec qui il entretient des relations amicales jusqu’à sa mort. Méfiant à l’égard du groupe parisien et de l’emprise d’André Breton, les surréalistes belges défendent « une conduite, un mode d’existence en porte-à-faux quand il se peut2 ». En 1962, Magritte assiste au vernissage de la première exposition personnelle de Jean Raine à la Galerie Saint-Laurent (Bruxelles). Bien que leurs travaux soient aux antipodes sur le plan formel, ils partagent un intérêt commun pour l’analyse ou l’expérience des puissances et des failles du langage. Dans sa préface au catalogue de la première exposition parisienne de Jean Raine (Galerie Le Ranelagh, 1966), Scutenaire évoque la lecture précoce des tragédies de Racine et de Corneille pour expliquer la nature tragique de ses compositions qu’il compare aux « grands atlas de naguère dont certaines planches en noir (hydrographies, plans de villes, orographies) faisaient trembler les élèves sensibles ». L’esprit surréaliste a durablement imprégné les pratiques de Jean Raine : une référence sousjacente s’exprimant sous des formes très variées.

 

CINÉMA

La première partie de la carrière de Jean Raine est principalement marquée par des collaborations cinématographiques avec des personnalités influentes parisiennes et bruxelloises. En 1959, il est conseiller artistique pour le documentaire réalisé par Luc de Heusch et Jacques Delcorde sur l’oeuvre de René Magritte. Sous titré « la leçon de choses », le film explique la démarche du peintre surréaliste et développe une réflexion sur le lien arbitraire entre l’objet, sa représentation et sa dénomination. Durant les années 1950, Jean Raine multiplie les collaborations avec Henri Storck (1907-1999), l’un des pionniers du film sur l’art, et avec Luc de Heusch (1927-2012), le Jean Rouch belge, qui se spécialise dans les documentaires ethnographiques oui anthropologiques. Ce dernier réalise sous le pseudonyme Luc Zangrie l’unique film CoBrA (Perséphone, 1951) accompagné du commentaire-poème de Jean Raine. La même année, Raine organise le Second Festival du film expérimental et abstrait dans la cadre de l’Exposition internationale d’Art expérimental (dernière exposition du groupe CoBrA). Il y présente les travaux sur les formes abstraites du suédois Vicking Eggeling, les films de Hans Richter dont Dreams That Money Can Buy présenté pour la première fois en Europe dans ce contexte, puis les films d’animation abstraits d’Oskar Fischinger (à partir de pâte à modeler). Par ailleurs, il réunit une sélection de films réalisés sans l’usage de la caméra, par intervention directe sur la pellicule (peinte, grattée, collée…) : les productions de Norman Mc Laren (1914-1987) ou du néo-zélandais Len Lye (1901-1980) marquèrent les esprits. Jean Raine a été sensibilisé au medium cinématographique au contact d’Henri Langlois, fondateur et directeur de la Cinémathèque française, qu’il rencontre en 1946 pendant l’organisation d’une exposition à Bruxelles et qu’il rejoindra quelques mois plus tard à Paris pour collaborer à ses travaux.


MICHEL DE GHELDERODE

Luc de Heusch et Jean Raine réalisent en 1956 un documentaire sur Michel de Ghelderode (1898- 1962), auteur belge prolifique de pièces de théâtres, de pièces de marionnettes et de contes. Fasciné par l’époque médiévale et attaché aux contes populaires ou folkloriques, il a créé un univers fantastique, macabre et grotesque très étonnant qui a particulièrement influencé Jean Raine dans son travail de peinture. Il découvre les trois volumes de son théâtre complet en 1942 et décide de sonner à sa porte pour le rencontrer. La thématique du « théâtre de la cruauté », explorée par Antonin Artaud dans Le théâtre et son double, devient l’un des pivots majeurs de l’oeuvre scénique de Ghelderode qu’il place dans le prolongement de la tradition dramaturgique pré-renaissante.

 

ENCRES

Qu’il peigne sur de très grands formats, déroulés sur le sol de l’atelier, ou sur des feuilles de plus petites dimensions, à sa table, Jean Raine a érigé le papier comme son support de prédilection. Au début des années 1960, il dessine à l’encre noire sur du papier de coupe beige clair d’imposantes figures hybrides en pied, dans une esthétique marquée par le geste et la rapidité d’exécution. Certaines encres sont extrêmement synthétiques et posent simplement les contours des sujets (à rapprocher des encres de Karel Appel de 1948). Dans d’autres, plus achevées, les surfaces intérieures sont remplies avec un vocabulaire de tâches d’un noir plus ou moins dense. Progressivement les figures sont plus nombreuses et le papier est quasiment totalement recouvert par des imbrications de têtes et de fragments de corps qui forment des frises compactes ou des monstres. Dans la série « Roue libre », daté de 1970 et dessinée à l’encre de Chine, Jean Raine réalise des variations autour d’une figure se perdant dans les méandres du dessin et dont on ne distingue, le plus souvent, que les yeux ronds. Le référent se dilue dans l’espace jusqu’à recouvrir totalement le papier.

D’autres objets, souvent représentés par Jean Raine, comme la roue de bicyclette ou l’échelle, ponctuent cette série de petits formats à rapprocher de l’esprit CoBrA pour ses liens avec le dessin d’enfant. Lorsqu’il entreprend une série, qui peut être induite par une technique et un format, Jean Raine poursuit ses recherches jusqu’à épuiser les possibilités de renouvellement. Chaque ensemble est cohérent en soi, répond à un questionnement précis, mais la succession des séquences de travail ne peut être disposée dans une perspective linéaire et évolutive. L’image du rhizome créant des relations entre des pôles forts pouvant s’influencer mutuellement nous semble à ce titre plus adaptée3.
 

ITALIE

À partir du début des années 1970, Jean Raine passe ses étés en Italie (Calice Ligure) se qui lui permet de rencontrer des artistes, des galeristes, des responsables d’institutions et ainsi de montrer régulièrement son oeuvre dans la péninsule. Il rencontre l’artiste Vincenzo Torcello avec qui il réalise une série de pastels à quatre mains durant l’été 1973 (les oeuvres collectives, à deux ou trois, étaient fréquentes chez les artistes CoBrA). Par ailleurs, il y côtoie régulièrement son ami Théodore Koenig, installé dans la même région. Jean Raine publie une dizaine de textes dans la revue d’influence post- Dada et post-surréaliste (Phantomas) dirigée par Koenig, en adaptant souvent son projet d’article à la thématique du numéro. Mêlant arts plastiques et poésie, de 1953 à 1980, chaque livraison de Phantomas prenait une forme, un aspect
graphique ou un parti pris éditorial légèrement différent, tout en se fixant comme unique ligne directrice « la transformation radicale de la vie quotidienne des hommes ».

 

GOUFFRE

Après son séjour aux États-Unis (1966-1968), Jean Raine utilise abondamment la peinture acrylique qui permet de produire rapidement. Progressivement, après 1980, la matière devient plus dense, les enroulements de formes sont plus resserrés et foisonnants, l’application de la peinture vise davantage à creuser la toile. Dans des tableaux carrés de formats moyens, l’artiste parvient à créer des effets de profondeur par des recouvrements successifs tourbillonnants, mais tout en gardant une surface plane (sans empattements).

Ce catalogue marque le début d’une collaboration entre la famille de Jean Raine et la galerie Michel Descours visant à soutenir, à défendre, et à promouvoir son oeuvre. Son engagement artistique et poétique demeure un champ ouvert, à interroger. Ces quelques pages éditées à l’occasion d’une exposition monographique rétrospective doivent permettre de s’interroger, presque trente ans après la mort de l’artiste, sur les chemins qui pourraient être empruntés pour « revoir la question ».
 

Gwilherm Perthuis

 

1. Jean Raine, Scalpel de l’indécence, Lyon, Parole d’Aube, 1994.
2. Note de Jean Raine (1985) reprise dans le catalogue d’exposition, Jean Raine en effet (Lyon, Bibliothèque municipale, 1994).
3. Notion philosophique inventée par Gilles Deleuze et Félix Guattari, nous renvoyons le lecteur aux deux ouvrages suivants pour la définition du rhizome : Capitalisme et Schizophrénie 1. L’Anti-OEdipe et Capitalisme et Schizophrénie 2. Mille Plateaux (Paris, Minuit, 1972 et 1980)


Texte publié dans le catalogue de l'exposition "Jean Raine. Revoir la question", 2013

 

 

 

ELEMENTS BIOGRAPHIQUES
 

1927

Nait le 24 janvier à Schaerbeek, place des Bienfaiteurs, dans une famille qui, du côté maternel, le fait baigner très tôt dans l'art lyrique et, par son oncle maternel, dans la peinture.

 

1941

Prend connaissance du premier des trois volumes du théâtre complet de Michel de Ghelderode ; sonne à sa porte et sympathise avec lui.

 

1943
Les rencontres capitales s'échelonnent avec le groupe surréaliste belge, à la "Taverne" du Palais des Beaux Arts. Par l'intermédiaire du Duc D'Ursel, auteur du film surréaliste "La Perle", il fait la connaissance d'André Thirifays, fondateur de la Cinémathèque de Belgique. Rencontre Marcel Lecomte, René Magritte, Louis Scutenaire, André Souris.

 

1944

Décide d'abréger ses études secondaires, prépare un examen d'académie avec Luc de Heusch et Hubert Juin puis entre à l'Université de Bruxelles. S'y inscrit en Sciences politiques et administratives, en Droit, Histoire de l'Art et Archéologie. Echoue magistralement en Droit civil.

 

1945

Pour gagner sa vie travaille aux Editions du Fresne et à d'autres petits travaux. Avec la Libération devient un familier des "Dimanche de Luc Hasaerts" créateur du Séminaire des Arts. Il y fait la connaissance de tout ce qui compte dans le monde des Arts et des Lettres tant belges qu'étrangers de passage à Bruxelles. Parmi eux Pierre Alechinsky qui restera un ami de toujours avec et malgré Cobra, Goemans, Paul Delvaux, Henri Storck. Dès que la situation militaire le permet, il se rend en Hollande et y découvre au Stedelyk Museum d'Amsterdam une exposition de jeunes peintres hollandais organisée par Sandberg qu'il rencontre. A son retour rédige un article sur ces artistes, article d'ailleurs refusé par le Journal des Beaux-Arts. Il s'agissait de ceux qui feront plus tard partie du mouvement Cobra.

 

1946

Période d'effervescence sur tous les plans. A Bruxelles, le Palais des Beaux Arts est une plaque tournante où se retrouvent artistes, peintres, musiciens et écrivains du monde entier. J.R. participe à toutes les manifestation de l'époque. Dans le cadre du Jeune Théâtre du Séminaire des Arts, collabore aux décors de la pièce de Vitrac "Victor ou les enfants au pouvoir". Y fait la connaissance de Michel de Ré, Juliette Gréco, Georges Malkine et surtout de Nadine Bellaigue qu'il épousera plus tard. A la même époque, Henri Langlois organise au Bon Marché la première exposition à l'étranger de la Cinémathèque française. J.R. collabore avec lui, donne des conférences sur le pré-cinéma et sur le dessin animé. Part travailler à Paris avec Langlois. Faisant ainsi coincider vie sentimentale et vie professionnelle J.R. rejoint Nadine Bellaigue à Paris et travaille à la Cinémathèque. Cette même année il rencontre André Breton à son retour d'Amérique puis grâce à lui, Pierre Mabille qui aura plus tard une importance capitale dans son existence ainsi que Matta, Victor Brauner, Jacques Hérold et tous ceux qui ont gravité autour du surréalisme.

 

1947

A 20 ans, il va rencontrer à la Cinémathèque d'autres grands noms du monde artistique et cinématographique : Cavalcanti, Musidora, Lotte Eisner, Marie Epstein, Julia Veronesi. C'est une période de misère noire. La Cinémathèque bat de l'aile sur le plan financier. Il se débrouille dans une pauvreté qui va durer plusieurs années. Inscrit à l'Université, en Psychologie, suit les cours de Lagache, de Wallon. Malgré les difficultés travaille à de nombreux films avec Henri Storck. Naissance de Boris, son premier fils.

 

1949

Commence Le Test du Village, film scientifique qu'il réalise avec le conseil de Pierre Mabille.

 

1950 : CoBrA

Lorsqu'il est de passage à Bruxelles, loge au "Marais" maison communautaire où vivaient de nombreux artistes et qui servit de relais aux membres du mouvement Cobra de passage en Belgique. Publie dans plusieurs numéros de la revue, participe à l'organisation du festival du film expérimental et abstrait de Knokke le Zoute. Y défend Kenneth Anger.

 

1951

Monte le Perséphone de Luc de Heusch, unique film CoBrA, et en réécrit le commentaire. Jean Raine organise le Festival international du cinéma expérimental et asbtrait en écho à la dernière exposition CoBrA de Liège. Il figure sur la photographie historique du goupe CoBrA.

 

1953-1956

Collabore à divers films avec Henri Storck, Henri Kessels, Luc de Heusch. Il en écrit le plus souvent les commentaires et participe aux scénarios. "Jeu de Construction" de Henri Kessels (scénario et découpage) ; "Goût moderne" de Luc de Heusch (coréalisation et commentaire) ; "Les Ports belges" de Henri Storck (assistant à la réalisation, scénario et commentaire) ; "Le Festival de Cannes" de Luc de Heusch (découpage et commentaire) ; "Pêcheurs flamands dans la tempête" de Henri Kessels et Serge Vandercam (découpage et commentaire) ; "Rwanda" et "Fête chez les Hamba" de Luc de Heusch (aide au montage et commentaire).

 

1956

En coréalisation avec Luc de Heusch tourne un film de 30 minutes sur Michel de Ghelderode produit par la télévision belge. Ce film est sélectionné pour le festival de Cannes de 1957.

 

1957 : Cinéma et peinture

Réintègre la Cinémathèque française, peint et écrit des oeuvres perdues depuis, dont deux pièces de théâtre : "La Fourchette" et "Socrate". Est nommé secrétaire de la Fédération Internationale des Archives du Film.

 

1958

Dans le cadre des manifestations organisées durant l'exposition universelle de Bruxelles, participe à la préparation d'une grande exposition de la Cinémathèque française à Charleroi. Louise Brooks y était invitée par Henri Langlois. Travaille avec Oleg Tourjansky et Philippe Rivier à des projets de films trop ambitieux qui n'aboutiront pas pour des raisons financières. Divorce d'avec Antoinette Pétrov. Reprend plus intensément que jamais la peinture dont ses activités cinématographiques l'avaient détourné. Est hospitalisé à Bruxelles.

 

1959

Se lie d'amitié avec quelques camarades rencontrés à l'hôpital, fait de la peinture en bâtiment avec son frère Henri. Collabore avec Henri Storck à divers films documentaires. Est conseiller artistique d'un film sur René Magritte tourné par Luc de Heusch et Jacques Delcorde.

 

1960

Retourne à Paris, continue à travailler avec Henri Langlois mais s'englue de plus en plus dans ce qu'il appelle l'absurde. Se met à peindre et à écrire frénétiquement tout en buvant beaucoup. Rédige le "Journal d'un Délirium" et réalise une centaine de peintures en utilisant du cirage, de l'encre, des crayons de couleurs, des colorants alimentaires et des fonds de tubes de peinture à l'huile de Pierre Alechinsky. La plupart de ces peintures étaient données à qui en voulait et sont actuellement dispersées, bien souvent pas même signées. Apparemment Jean Raine cherche sa mort.

 

1961

Le 13 octobre il est rapatrié par Pierre Alechinsky sur Bruxelles pour une nouvelle hospitalisation. 21 jours de coma, d'illusoires avis nécrologiques et Jean Raine ressuscite. Encore fragile se remet au travail. Met en scène avec des malades, diverses pièces de théâtre dont une oeuvre d'Ionesco et "Les Trois Chapeaux Claques" de Miguel de Mihura. Ses études de Psychologie reprennent un sens.

 

1962-1965 : Les grandes encres

Il retrouve les sources de ses convictions premières. Persuadé que la "culture" est un des fondements existentiels et une thérapie indispensable à l'équilibre de la personnalité. Travaille avec Sankisha Rolin Hymans, infirmière sociale, rencontrée à l'hôpital, à la création du Club Antonin Artaud. Ignorant le sommeil et les nuits, il partage son temps entre la gestion du Club, des actions thérapeutiques, la peinture en bâtiments, (qui lui assurent un minimum vital d'ailleurs complété par l'aide d'amis et surtout celle de Marcel Guttmacher).

Il se lance en peinture dans de grandes entreprises qui deviendront la série des grandes encres. Ses activités scientifiques le déterminent à ne plus boire. Il renonce pendant plusieurs années à pratiquer ce dont beaucoup ont parlé mais que peu ont expérimenté : le dérèglement de tous les sens. Il veut prouver qu'existent des différences profondes entre éthique et esthétique. Etre surréaliste pour lui est une manière de vivre et c'est dans cet esprit qu'il renoue avec d'anciennes amitiés : Magritte, Scutenaire, Florent Welles et surtout s'en fait de nouvelles dont Marcel Broodthaers. Il adhère inconditionnellement au Pop Art, redécouvre dans cette optique l'état d'esprit avec lequel il n'avait jamais vraiment rompu : le dadaïsme.

 

1965

Epouse Sankisha Rolin Hymans, naissance de son deuxième fils Pierre François.

 

1966-1968 : Le séjour américain

S'envole pour les Etats Unis où il il séjournera deux ans à San Francisco et y exposera à sept reprises dans la région et à Los Angelès. A partir de cette époque les évènements deviennent si nombreux qu'il est difficile de condenser. Quantité d'articles et d'études en rendent compte.

 

1968-1971 : L'installation à Lyon

Réside à Rochetaillée sur Saône, près de Lyon où son épouse enseigne à l'école internationale d'enseignement infirmier supérieur. Grâce aux critiques René Déroudille et Jean-Jacques Lerrant venus visiter son atelier, il exposera enfin à Lyon et à Paris. C'est à l'occasion de cette première exposition lyonnaise que Christiane Druguet et Jean-Jacques Lerrant réalisent, pour la télévision régionale, un film intitulé "Rencontre avec Jean Raine". JR connut Ivan Alechine, fils de Pierre Alechinsky, dès sa petite enfance. A partir de 1970 Ivan venait souvent retrouver Jean à Rochetaillée et leur amitié jamais démentie, se poursuivit pendant plus de 15 ans.

 

1971-1974 : Les étés à Claice Ligure (Italie)

C'est durant les étés, près de Calice Ligure, qu'il retrouve ses amis Théodore et Marion Koenig et parmi les très nombreux artistes regroupés autour de la galerie "Il Punto" de calice ligure. Il fait la connaissance de celui qui sera pour lui un ami très cher et très fidèle, Vincenzo Torcello avec lequel, en 1973, il réalisera une série de pastels à quatre mains et publiera un recueil de poèmes et de textes "Agronomie et fausse réalité".

 

1980

En 1980, Frédéric Compain réalisera un film important intitulé "Jean Raine, artiste et modèle" qui ne sera programmé qu'en 1990 lors de la première émission d'Océanique" sur France 2. C'est aussi vers cette date que les enfants et petits enfants de JR furent photographiés à l'occasion d'un vernissage à Paris à la Galerie de Bertand Puvis de Chavannes qui contribua très efficacement à faire connaître l'oeuvre de JR pendant les années qui suivirent sa mort.

 

1981-1986

A partir de 1981, JR peint à nouveau de grands formats. En mars 1986 il s'attaque à de grandes compositions destinées à l'impression sur tissus. Il meurt à Rochetaillée le 29 juin 1986.

 

 

EXPOSITIONS

Expositions personnelles

1962 Galerie Saint-Laurent, Bruxelles, Belgique
1964 Galerie Le Ranelagh, Paris, France
1965 Galerie Les Contemporains, Bruxelles, Belgique
1965 Galerie Michelangeli, Orvieto, Italie ; Galerie Saint-Laurent, Bruxelles, Belgique
1966 Galerie Le Ranelagh, Paris, France
1967 Britton Gallery, San Francisco, USA ; Mead Gallery, Menlo Park, USA ; U.C. Berkeley Student Union Gallery, Berkeley, USA ; U.C. Medical Center Student Union Gallery, San Francisco, USA
1968 Bechtel Center, Student Union Gallery, Standford University, Stanford, USA ; Mead Gallery, San Francisco, USA ; Silvan Simone Gallery, Los Angeles, USA ; Smith Andersen Gallery, Palo Alto Cal, USA
1970 Galerie Saint-Laurent, Bruxelles, Belgique ; Galleria Il Punto, Calice Ligure, Italie ; Gammelstrand Gallery, Copenhague, Danemark ; Smith Andersen Gallery, Palo Alto Cal, USA
1972 Cinémathèque Française, Paris, France ; Galerie L’Oeil Écoute, Lyon, France ; Galerie Le Soleil dans la tête, Paris, France
1973 Maison de la Culture de Hauteville, Hauteville, France
1974 Centre National d’Art Dramatique, Lyon, France ; Galleria Effemeridi, Modène, Italie ; Galleria Il Salotto, Come, Italie ; Galleria La Tavolozza, Bergame, Italie ; Galleria Nove Colonne, Trente, Italie ; Galleria Spazzio, Brescia, Italie ; New Gallery, Catane, Italie ; New Smith Gallery, Bruxelles, Belgique
1975 Banca Popolare di Milano, Milan, Italie ; Galerie L’Oeil Écoute, Lyon, France ; Galerie Le Soleil dans la tête, Paris, France ; Galleria La Tavolozza, Bergame, Italie
1976 City Bank, Rome, Italie ; Galleria S.M.13 Studio d’Arte Moderna, Roma, Italie
1977 Centre Culturel de Woluwé Saint-Pierre, Woluwé Saint-Pierre, Belgique ; Galleria Penna, Messine, Italie
1978 Galleria Il Punto, Calice Ligure, Italie
1979 Galleria Il Brandale, Savona, Italie ; Galleria Il Salotto, Come, Italie
1980 Galerie Détour, Jambes (Namur), Belgique ; Galerie l’Oeil Écoute, Lyon, France
1981 Galleria Il Navicello, Pise, Italie ; Maison pour Tous, Annemasse, France ; Musée Cantonnal des Beaux Arts, Lausanne, Suisse
1982 Centre d’Action Culturelle de Toulouse, Toulouse, France
1984 Hôtel de Ville de Villeurbanne, Villeurbanne, France
1986 Galerie l’Ollave, Lyon, France (dernière exposition du vivant de l’artiste) ; Museo d’arte contemporanea « Casa del Consolo », Calice Ligure, Italie
1987 Centre Culturel de l’Aérospatiale, Toulouse, France ; Galerie Verrière, Lyon, France ; L’Élysée Galerie, Lyon, France ; URDLA, Villeurbanne, France
1988 Centre d’Art Contemporain : Rétrospective, Saint-Priest, France ; Galerie Kunstforum, Schelderode Gand, Belgique
1989 Galerie Atelier Théâtre de Beauvais, Beauvais, France
1990 Galerie Marc Espinosa, Paris, France ; Galerie Michel Descours, Lyon, France ; Galerie Point G, Besançon, France
1991 Bibliothèque Municipale de Lyon, Lyon, France
1992 Galerie Cyan, Liège, Belgique ; Galerie Puvis de Chavannes, Paris, France ; Galerie Quadri, Bruxelles, Belgique ; Maison de la Culture, Namur, Belgique
1994 Galerie Gérard Chomarat, Lyon, France ; Galerie Protée, Paris, France ; Maison du Peuple de Vénissieux, Vénissieux, France ; Musée de Brou, Bourg en Bresse, France
1996 Galerie Blu, Milan, Italie
1997 Galerie Cyan, Liège, Belgique ; Galerie Protée, Paris, France
1999 Galerie Quadri, Bruxelles, Belgique ; URDLA, Villeurbanne, France
2000 Galerie Protée, Paris, France ; I.U.F.M. Galerie Confluence, Lyon, France
2001 Galerie Quadri, Bruxelles, Belgique
2001 I.U.F.M., Bourg en Bresse, France
2004 Archives du Musée de la Littérature, Bruxelles, Belgique ; Le Bal des Ardents, Lyon, France
2006 Galerie Jean Michel de Dion, Bruxelles, Belgique ; Galerie Quadri, Bruxelles, Belgique ; Galleria Il Salotto, Come, Italie ; PMMK — Musée d’Art Moderne, Ostende, Belgique
2007 Galerie Henri Chartier, Lyon, France
2008 Galerie Henri Chartier, Lyon, France ; Galerie Quadri, Bruxelles, Belgique ; Musée des Beaux Arts de Lyon, Lyon, France
2010 Galerie Henri Chartier, Lyon, France
2012 Galerie Henri Chartier, Lyon, France

 

COLLECTIONS

Banque Nationale de Belgique, Bruxelles, Belgique
Bibliothèque Municipale de Lyon, Lyon, France
Cabinet des Estampes/Bruxelles, Belgique
Consulat Général de France, Düsseldorf, Allemagne
Crédit Communal de Belgique, Bruxelles, Belgique
Fonds National d’Art Contemporain, France
FRAC Rhône-Alpes, Villeurbanne, France
Galerie de Vuyst, Lokeren, Belgique
Les Abattoirs, Toulouse, France
Mairie de Lyon, Lyon, France
Mairie de Saint-Priest, Saint-Priest, France
Mairie de Toulouse, Toulouse, France
Mairie de Vénissieux, Vénissieux, France
Mairie de Villeurbanne, Villeurbanne, France
Ministère de la Communauté française de Belgique, Bruxelles, Belgique
Musée Cobra d’Art Moderne, Amstelveen, Pays Bas
Musée d’Art Contemporain de Lyon, Lyon, France
Musée d’Art Moderne de Bruxelles, Bruxelles, Belgique
Musée d’Ixelles, Bruxelles, Belgique
Musée de Baltimore, Baltimore, USA Maryland
Musée de Calice Ligure, Calice Ligure, Italie
Musée de Fort Lauderdale, Fort Lauderdale (Floride), USA
Musée de l’Université de Berkeley, Berkeley, USA
Musée des Beaux Arts de Lyon, Lyon, France
Musée National d’Art Moderne – Centre
Georges-Pompidou, Paris, France
Musée Paul Dini, Villefranche-sur-Saône, France
Musées de Brou, Bourg en Bresse, France
PMMK — Musée d’Art Moderne, Oostende, Belgique
Province du Hainaut, La Louvière, Belgique
The University of Texas at Austin, Austin (Texas), USA
Université Libre de Bruxelles, Bruxelles, Belgique

 

Réduire

Lire la suite

Imprimer


Œuvres de cet artiste

Ces livres peuvent également vous intéresser